Le pouvoir de la Vie

easterarmEn ce week-end de Pâques, j’aimerai mettre les choses au clair. Historiquement nous avons constitué toute une vision de Dieu autour de la mort alors qu’Il est tout le contraire. L’héritage artistique et culturel en général lié au christianisme, est en majeure partie constitué d’éléments liés à la mort et qui influe sur notre perception de Jésus et de la croix, tout en oubliant qu’Il y a effectivement été sacrifié mais qu’Il en est ressuscité.

Il faut dire aussi que les premières traces d’art chrétien débutent dans les catacombes et se développent sur les sarcophages durant l’antiquité tardive, ce qui permet difficilement de dissocier la mort du christianisme dans son contexte originel. Mais comme pour tout, la contextualisation est primordiale. Le christianisme est, à ses débuts, illégal. Les chrétiens sont martyrisés, leur culte interdit et doivent donc se réunir secrètement. À part dans certaines rares pièces secrètes de maisons, les catacombes, souterraines et situées en périphérie des villes, sont le lieu de réunion idéal et majeur de ces réunions secrètes . De plus, l’aspiration à la vie éternelle (celle après la mort) fait de la mort un sujet central de la vie et donc favorable à l’expression artistique. En cela rien n’est nouveau. Le contexte funéraire a depuis toujours été le théâtre d’expressions artistiques variées (vase, sculpture, etc).

Là où les choses changent, c’est au fil des siècles et des déformations théologiques et bibliques mises en place (culte des reliques, l’intercession des saints et leur culte, le purgatoire,etc (sans vouloir choquer qui que ce soit bien entendu)). Ces nouvelles pratiques sont mises en place comme une forme d’attraction profitables pécuniairement et donc favorables en matière de pouvoir. Je m’éloignerai en vous parlant des disputes entre évêchés et papales pour centraliser le pouvoir, et vais donc aller à l’essentiel. Le milieu religieux a connu au fil des siècles de nombreuses réformes et l’apparition de nombreux ordres1. Vivant le plus souvent grâce à des donateurs et des mécènes laïques, les communautés religieuses permettaient donc aux laïcs de réserver (moyennant finances) un emplacement de choix pour leur sépulture au sein de ces lieux sacrés. Selon ces croyances (infondées bibliquement j’ose le redire), plus vous êtes proche du choeur de l’église ou de la relique d’un saint, plus vous aurez de chances de sortir du purgatoire et d’accéder au paradis, et plus les religieux vivants penseront à vous dans leurs prières d’intercession à votre mort. C’est pour cela que les tombes sont placées au plus près des églises.

Le propos exposé ici n’est en aucun cas dénonciateur, mais a pour but d’exposer comment une culture idéologique et matérielle plaçant la mort au centre d’une culture chrétienne s’est construite au fil des siècles.

La destinée post-mortem de chacun a donc été la voie empruntée par les intérêts pécuniaires nécessaires à la survie des communautés religieuses2, et a ainsi contribué à inscrire dans nos mentalités, par le biais de l’héritage matériel, une vision du christianisme plutôt austère et associée à la mort, en ce qui concerne la figure de la croix du moins, et donc de Jésus par la même occasion. Alors certes, la mort tient une place centrale dans l’histoire de Jésus mais pour célébrer la victoire de Jésus sur celle-ci et non pour la célébrer elle. Cet épisode est un épisode de victoire, de grande joie et d’espérance, et non de tristesse, d’affliction et de morosité.

La mort à la croix doit nous inspirer la joie et l’espérance de la grandeur de l’acte et non le rappel constant de la mort.

Ne nous arrêtons pas à la mort. Regardons trois jours plus tard lorsqu’Il est ressuscité. Le véritable Jésus n’est pas le bonhomme triste sur une croix dans un cimetière, le véritable Jésus est un Jésus vivant, ressuscité. Il est mort une fois mais, ne l’a ensuite plus jamais été1. Il a vaincu la mort afin de rétablir la connexion directe entre Dieu et les hommes et a servit de sacrifice ultime.

Il est le seul dieu parmi toutes les religions a être descendu par amour des hommes en se rendant semblable à eux et en mourant par amour pour eux malgré leur rejet.

Et que vous y croyez ou non, les traces archéologiques de son procès prouvent l’existence de cet événement. Évènement dont l’épisode est relaté dans la Bible et dont la lecture est d’une richesse culturelle et symbolique incroyable par ces détails, même sans être chrétien, et qui renforce à mon humble avis, l’ampleur de ce sacrifice. Je pense d’ailleurs que les choses ne sont pas hasardeuses et que le fait qu’Il soit passé par une des mises à mort les plus violentes de l’humanité (je vous laisse vous renseigner sur le processus de mort lors d’une crucifixion), ainsi que l’omniprésence de la mort et de la violence qui en fait une des morts les plus injustes et choquantes de l’histoire, ne sont que des caractères présents pour rendre encore plus grande la victoire remportée ce jour-là. 

Alors quel Dieu célébrez vous ? Le dieu chocolat, le dieu mort, ou le Dieu ressuscité ?

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

1 Jean. 3.16


1Ordres : On parle ici d’ordre religieux et désigne une communauté liée par des vœux et pratiquant l’observance de règles. C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle de clergé régulier (observant des règles) ou séculier (vivant selon le siècle).

Il est également intéressant de noter que « religion » possède deux étymologies valables :

– re-ligare, qui signifie « relier » et souligne la relation entre l’homme et son dieu

– re-legere, qui signifie relire mais aussi « recueillir à nouveau », « revenir sur une démarche antérieure » et ainsi peut évoquer la démarche humaine de revenir en arrière (une forme de repentance) au vue d’une réflexion neuve

Source : Hatzfeld Henri, « Sur l’étymologie du mot religion. Religion et tradition », dans : , Les racines de la religion. Tradition, rituel, valeurs, sous la direction de Hatzfeld Henri. Paris, Le Seuil (programme ReLIRE), « Esprit », 1993, p. 35-39. URL : https://www.cairn.info/les-racines-de-la-religion–9782020173032-page-35.htm

2 Non pas par profit au détriment d’un pauvre humain tourmenté par la mort mais parce que cette question était centrale dans les esprits de ces époques

1Actes 1.9: Après avoir dit cela, Il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux.

Actes 1.11: Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel.

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